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jeudi 21 septembre 2017
par  Elisabeth Arrighi

120 BPM, un film sur la lutte d’Act Up, un modèle pour les luttes d’aujourd’hui

Ce film vibrant et intense sur un groupe de jeunes aux prises avec le sida, dans les années 90, nous saisit à toutes sortes de niveaux. L’énergie du collectif, avec sa joie, sa chaleur, et aussi sa conflictualité, éclate dans les réunions hebdomadaires en amphi où se réfléchit et se décide toutes les (...)

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vendredi 22 septembre 2017 à 19h58

Après avoir écrit l’article, j’ai lu un post dans l’excellent blog "asselineau immensité" http://asselineau.blogspot.fr/ où l’auteur parle du film 120 BPM, mais aussi de la posture plus réservée d’autres acteurs de l’époque, notamment à Aides. Il évoque le souvenir de Pierre Kneip, qui lui aussi a fait un travail magnifique, en fondant la ligne téléphonique qui deviendra Sida-Info-Service. Tous ceux qui l’ont connu se souviennent de lui, de sa clairvoyance, sa capacité d’écoute, de sa présence attentive , chaleureuse. Pierre parlait peu, mais quand il parlait,cela ouvrait des horizons précieux de pertinence et d’humanité. Oui, les luttes sont plurielles.
Elisabeth Maurel-Arrighi

post du mercredi 13 septembre 2017 de Frédéric Asselineau

50 nuances de militance
Au cinéma, après avoir vu pas mal de films médiocres cet été, je suis allé voir ces jours-ci deux oeuvres que la critique honore : 120 battements par minute, de Robin Campillo, et Barbara, de Mathieu Amalric.
Dans ce dernier, un plan, vers la fin, rappelle furtivement l’engagement de la chanteuse dans la lutte contre le sida, engagement qu’elle menait avec une discrétion déterminée. Je me souviens l’avoir vue rendre visite à des malades, en catimini, un soir de Noël à l’hôpital Bichat : il était évidemment hors de question qu’une caméra ou qu’un appareil photo en témoigne.

Par un drôle de hasard, je suis amené aujourd’hui à vérifier les dates auxquelles j’ai travaillé à l’association Aides, et je plonge dans mes archives. Voila le genre d’activités qui fait que l’on me retrouve des heures plus tard assis au milieu de la pièce en train de bouquiner, n’ayant pas avancé d’un iota dans ma quête, mais ayant réouvert deux ou trois ouvrages en rapport. Ce soir c’est le livre de Didier Lestrade, Act Up, une histoire, paru en 2000 chez Denoël (et qui fait l’objet d’une réédition bien à propos), et celui de Daniel Defert, Une vie politique, sorti au Seuil (que j’avais cité ici et là). Je feuillette aussi avec émotion le numéro spécial d’une revue consacré à Pierre Kneip, publié un an après sa mort.

C’est sans doute cette question de la discrétion, loin des manifestations de rue ou des zapping d’Act Up, qui m’aura touché chez Pierre lorsque je l’ai rencontré. Sa réserve n’avait d’égale que la force de sa présence, qui faisait que chacun faisait silence pour l’écouter, lui dont la parole avançait par à-coups, par retenue, mais faisait mouche chaque fois. Engagé à Aides dès 1985 je crois, c’est lui qui avait créé la permanence téléphonique qui deviendra plus tard Sida Info Service.
Je reproduis ici le texte de Daniel Defert, écrit à l’occasion de la mort de Pierre, des lignes qui sont le portrait d’un homme et celui d’une militance tendre et austère.

"C’est un lien de pudeur et de respect qui se brise. Mais un lien de dix ans. Un lien d’amitié. Une amitié où le coude à coude a plus compté que les mots. On s’est devinés plus qu’on ne s’est connus, sauf ces brusques plongées, ces béances où nous étions submergés de nous être compris. Nous quittant aussitôt par pudeur, faute d’employer les mots des poètes qui seuls savent perpétuer les secrets et leur distance.
Il y eut d’abord la blessure de ton enfance par laquelle nous communiquions. La mienne avait été heureuse, mais avant toi, ma mère m’avait initié à ce secret des orphelins qui transforment une solitude essentielle en disponibilité infinie. Il y avait aussi bien sûr, le mystère de ton rapport à l’écriture. Un rapport coupable. Sans doute, comme Genêt, tu avais dû rêver de subvertir l’enfer par l’écriture pour en faire le paradis. Mais par un respect étrange de l’écriture, tu ne voulais pas qu’elle serve à conjurer la mort, ni même à accoucher de toi, comme une mère. Un tel bonheur d’expression t’aurait alors paru hors éthique. Je crois que tu t’étais imposé, douloureusement, le choix de l’éthique contre l’esthétique. Dans ce drame collectif, cette fois, où tu étais désormais embarqué, tu ne voulais tirer aucun bénéfice personnel, même venu de ton écriture.Tu t’infligeas, Pierre, de curieuses procédures.
Le pseudonyme d’abord*, puis l’écriture utile au service de, au service du vivre avec**. Parfois au compte-gouttes, tu ciselais une phrase, une analyse, un mot. Mais ton livre ne parut-il, et fort discrètement, qu’à l’extrême limite de tes forces, bien sûr que tu n’aurais plus même la velléité d’en ressentir une satisfaction.
Je ne voudrais pas être impudique en révélant ce mystérieux travail sur toi qui se déroulait dans l’espace et la violence de la mort et de l’écriture. Durant dix ans de notre vie associative, nous avons à peine parler de sexualité, de séropositivité, entre nous, comme si les choses essentielles pour toi s’étaient nouées déjà ailleurs et continuaient à se dérouler sur cette scène. Ta vie ayant été depuis l’enfance blessée dans l’amour, une blessure qui ne pouvait s’abolir dans l’écriture, au moins publiquement.
Ce que tu avais trouvé à Aides, et ce que tu as aussi défendu, Pierre, c’est bien un exercice éthique. Et pourtant, ta tête bruissait des mots des poètes.
dans ces dix dernières années, nous n’avons pratiquement rien partagé de ce qui fait la trame quotidienne de l’amitié : les sorties, la table, sauf ce qui était requis par les formations, les conseils d’administrations, le travail de Aides. Dans ces dix dernières années de Aides, on s’est plutôt devinés, mais je sais qu’on s’est réellement rencontrés.
C’est un des mystères de Aides d’autoriser ces formes d’amitiés fulgurantes à l’essentiel et avares de mots, qui ne pourraient probablement se soutenir nulle part ailleurs ainsi.
R., toi qui est son ami, sache que j’ai aussi perdu un intime."

Daniel Defert, texte publié dans la revue "Observations et témoignages", numéro spécial, décembre 1996 : "Pierre Kneip, la force d’une parole".

*Pierre publiait des chroniques dans le Gay Pied Hebdo sous le pseudonyme transparent de Pierre Epkin.
**Il avait écrit un ouvrage pratique aux éditions Josette Lyon, dans une collection qui s’intitulait Vivre avec.

Publié par frédéric asselineau à 13:56 0 commentaires

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