Yannis Youlountas












Zone antifa

Petite gousse d’ail pour éloigner les rôdeurs fascisants


Je suis né en 1970 d’un père grec ouvrier et d’une mère française prof de Lettres, dans une région populaire du sud de la France, terre d’immigration et de diversité culturelle, non loin de Marseille.

En 1984, pour une place de parking, mon père mani- festement trop bazané a été agressé sous mes yeux par un blaireau vêtu en kaki, qui s’est avéré par la suite être un militant du FN, devant un supermarché des Bouches-du-Rhône.

Alors adolescent, j’ai participé l’année suivante à la distribution de millions de petites mains, avant de découvrir d’autres formes plus élaborées de luttes contre la vermine raciste.

Élevé dans la pédagogie Freinet (ma mère et mon beau-père enseignants militaient à l’Institut Coopératif de l’Ecole Moderne), j’ai toujours eu horreur de l’autoritarisme et des abus de pouvoir sous quelque forme que ce soit.

A la maison, on lisait Charlie-Hebdo (à l’époque des Choron, Reiser, Siné, Coluche, Gébé...) et Pilote autant que les BT ou BTJ (créées par et pour des enfants). Puis, j’ai commencé à feuilleter Brecht, puis Vaneigem... Depuis, l’amour de la différence et le désir de l’autogestion m’accompagnent indéfectiblement.

J’ai vécu en France et en Grèce, portant mon baluchon sur tous les continents, et me suis progressivement découvert apatride : simple citoyen du monde. Certes, d’origine grecque et française, mais aussi métissé de tout ce qui constitue notre humanité et qui va bien au-delà de la carte d’identité des géniteurs ou des ancêtres, bout de papier plastifié dont je me passerais bien.


Bref, je ne rejette pas la France ni la Grèce, en tant que terres de cultures qui ont profondemment marqué l’Histoire (pour le meilleur et pour le pire), et en particulier la mienne et celle de ceux qui m’entourent, mais je ne louche pas sur la Tour Eiffel ou le Parthénon au point de mésestimer le reste du monde. Où que soient mes racines, mon regard est ailleurs, à la rencontre d’autres visages, façons de vivre et projets d’en changer...


Le racisme et le nationalisme sont deux fléaux aussi ravageurs dans l’humanité que les religions et la voracité matérielle. C’est pourquoi, je suis profondemment antiraciste, universaliste, athée et anticapitaliste.

Pourtant, même avec un tel pédigrée, j’ai croisé autant de vendeurs de tapis politiques (faits pour se mettre à genoux devant des guides) que de témoins de Jéhovah et autres colporteurs d’inepties pour bêtes à manger du foin. A croire que ces gens ont du temps à perdre et de la persévérance à éprouver. Depuis une dizaine d’années, j’ai donné congé à plusieurs reprises à divers rois mages venus essayer de m’amadouer au sujet d’idéologies représentant exactement le contraire de ce que suis, de ce que je pense, de ce que je fais.


Non pas que je refuse de me remettre en question – la philosophie est une activité qui nécessite cet examen en permanence – mais certainement pas avec eux. J’ai toujours refusé de dialoguer avec les valets de la droite extrême et autres satellites rouges-bruns qui ne m’inspirent que le dégoût.

Libres à d’autres(1) de discuter avec eux s’ils le souhaitent mais personnellement, avant même de poser la question de la volonté et de l’utilité, je ne peux pas.

C’est viscéral.

J’ai refusé la signature de Dieudonné en janvier 2007, lors de la pétition des électrons libres, alors que je croyais pouvoir mettre un peu le bazar dans l’élection présidentielle avec José Bové, avec le souvenir lointain de Coluche en 1981.


J’ai refusé pareillement de rencontrer certaines huiles de la pensée-passerelle entre le rouge et le brun, dans la mouvance des Alain Soral et autres malades de l’identité politique et/ou frappés des paranoias les plus ridicules : ce grand n’importe quoi qui crée la confusion entre dénonciations judicieuses et sirènes illuminées.

Je ne refuse pas de mettre en doute les versions historiques officielles, encore moins de critiquer l’hypocrisie politicienne, le cirque médiatique, les convenances académiques, le discours dominant et sa novlangue : je les ai constamment combattus, notamment dans certains de mes livres (Critique de la démoscopie, Derrière les mots...).


Mais je ne crois pas que la vérité soit exactement le contraire de ce qu’on nous donne systéma- tiquement à voir et à penser, et je crois encore moins que les réponses ou les solutions que proposent certains soient les bonnes. Et pour cause : de même que la vision historico-politique des rouges-bruns est d’un simplisme à faire pouffer de rire un orang-outan, de même leurs remèdes, déjà éprouvés dans l’histoire, sont pires que le mal. Fermons le ban.

Alors, rôdeurs fascisants, passez votre chemin, vous ne trouverez rien ni personne à récupérer ici. Retournez dans les vastes cimetières du vingtième siècle. Vos rêves sont nos cauchemars.

Et à tous les autres, bienvenue sur mon blog(2), dans mes livres et/ou dans les rencontres auxquelles j’ai le plaisir de vous inviter de temps à autre !

Y.Y. (8 mars 2013)


(1) Ceux qui optent pour le dialogue avec n’importe qui prennent, à mon avis, un gros risque et, pire, le font prendre à tous. Même si leurs arguments sont louables en pure théorie ("ne pas faire de l’adversaire idéologique un ennemi", "convaincre plutôt que vaincre", etc.), cela conduit, en pratique, à une erreur grossière, dangereuse et historiquement dramatique qui se résume ainsi : à trop dialoguer avec les fachos, on finit par les rendre respectables aux yeux des nombreux naïfs qui regardent superficiellement les formes du débat beaucoup plus que le fond discuté. D’où la nécessité d’une ligne jaune à ne pas franchir, même si on nous propose poliment la confrontation d’idées. Car, ne soyons pas dupes, la stratégie fasciste est plus que jamais de s’enfariner la patte pour s’inviter dans la bergerie. Tant que les citoyens seront des moutons, il faudra, bien sûr, lutter contre les bergers capitalistes, mais aussi contre les prédateurs fascistes. La solution n’est donc pas dans le dialogue avec tout le monde, mais dans l’éducation populaire aux côtés des inombrables victimes du système. Ne confondons pas les opprimés et leurs oppresseurs en puissance, même s’ils essaient de se mêler à la foule et d’y déverser leur poison. Combattons-les sans concession ni indulgence, ne leur laissons aucun espace et n’en partageons surtout pas avec eux. Même si le geste peut sembler louable, il se révelera dévastateur.
(2) Encore en travaux (désolé d’y consacrer trop peu de temps !).


Ci-après, deux archives d’il y a un an (au soir du score inouï de Marine Le Pen à la présidentielle 2012, même dans les paisibles vallées de la Montagne Noire) et onze ans (présence horripilante de son père au second tour des présidentielles de 2002).





22 avril 2012 : NAUSÉE ET STUPÉFACTION

(SOIR DE PEN, DIX ANS APRÈS)

Nausée et stupéfaction. Ce soir, dans mon tout petit village de la Montagne Noire, je me demande qui a pu apporter un soutien aussi massif à l’héritière Le Pen. Alors que le père avait toujours oscillé entre 3 et 12 voix pour 280 habitants, voilà que son écoeurante progéniture a brusquement atteint le score absolument incompréhensible de 33 voix sur 170 votants. Mais qui sont-ils ces 33 obscurs voisins à l’apparence tranquille et bucolique ? Comment en sommes-nous arrivés là, dans un minuscule village où la seule famille maghrébine est d’une gentillesse irréprochable à l’égard de tous ?


« Sarkozy, Guéant et Hortefeux ont nourri,
élevé et dressé la bête immonde, jour après jour,
comme les ténors du capital allemand
durant la crise de 1929 »


A 300 km d’ici, dans ma ville natale, pourtant profondément de gauche et administrée généreusement par des maires communistes depuis un demi-siècle, la candidate d’extrême droite est carrément arrivée en tête : Martigues est brutalement passée du rouge au brun ! Stupeur là aussi. Partout en France, Sarkozy, Guéant et Hortefeux ont nourri, élevé et dressé la bête immonde, jour après jour, comme les ténors du capital allemand durant la crise de 1929. Nous sommes en plein cauchemar. De même en Grèce, ma terre d’origine, où plusieurs partis d’extrême-droite sont en train de profiter des circonstances particulièrement dramatiques du pays pour s’installer dans le paysage politique et se gonfler d’intentions de vote excitées par le sang à quinze jours du scrutin, comme des sangsues voraces et répugnantes.

Sur un plateau télévisé français, à l’instant où j’écris ces lignes, tous les politiciens réunis ne trouvent rien de mieux à faire que de courtiser l’électorat du FN en le plaignant longuement et en lui adressant leur sympathie fraternelle. La France qui vote Le Pen est devenue dans leur bouche "la France qui souffre". L’expression est reprise à tout bout de champ, de Ségolène Royal à Jean-François Copé, non sans jouer des coudes pour être bien audible et parfaitement en face de la caméra dans les caresses verbales et les mimiques à son encontre. Berk ! Paroles fétides de trous du cul qui règnent encore sur des Français décidément plus manipulés que jamais.


« Non, la France qui vote Le Pen
n’est pas la France qui souffre.
C’est la France qui pue, non pas la sueur,
mais le sang. »

Non, la France qui vote Le Pen n’est pas la France qui souffre. C’est la France qui pue, non pas la sueur, mais le sang. C’est la France mortifère qui a toujours adoré l’autorité arbitraire et les ordres vociférés. C’est celle qui a besoin d’obéir à un maître pour pouvoir se délecter de la barbarie dite civilisée qui s’étend de jour en jour. Cette France-là attend patiemment comme un pitt-bul prêt à être lâché sur les boucs-émissaires que désignera le maître.


« Cette France-là n’est pas celle qui souffre,
c’est celle qui attend le droit de faire souffrir.
Cette France-là, c’est la sous-France :
celle qui attend les ordres. »

Cette France-là n’est pas celle qui souffre, c’est celle qui attend le droit de faire souffrir. Cette France-là, c’est la sous-France : celle qui attend les ordres. Cette France-là n’est pas la France : elle est le contraire de la France. C’est pourquoi au lieu de se vanter de voter pour la dynastie Le Pen, ces gens-là, pour la plupart, se cachent (tous dans mon village, où aucun des 33 n’a jamais eu le courage de se dévoiler) : parce qu’ils savent bien au fond d’eux qu’ils sont la honte de la France.


« Cette France-là n’est pas non plus la France qui a peur.
C’est, au contraire, la France qui se délecte de faire peur,
tapie comme une bête sauvage dans la nuit de la raison,
et qui savoure le plaisir toujours plus grand
d’être notre pire cauchemar. »

Cette France-là n’est pas non plus la France qui a peur. C’est, au contraire, la France qui se délecte de faire peur, tapie comme une bête sauvage dans la nuit de la raison, et qui savoure le plaisir toujours plus grand d’être notre pire cauchemar. Cette France-là, c’est la France des lâches qui nous saluent masqués. C’est la France de ceux qui, en réalité, détestent la France, comme ils maudissent plus encore l’humanité jusqu’à eux-mêmes et qui n’affrontent pas plus les miroirs que le regard de leurs voisins. J’ai désormais 33 voisins masqués dans mon petit village, trois fois plus que la dernière fois. Et je ne sais toujours pas lesquels.

Y.Y. (22 avril 2012)


P.J. : exactement dix ans auparavant, j’avais écrit ce poème :

21 avril 2002 : SOIR DE PEN

La fumée d’une clope embrume le décompte...
Apparaît un cyclope, accueilli dans la honte :
Le citoyen zappeur a choisi la charogne,
Jouant à se faire peur. La République est borgne.

Revoilà le bûcher, la censure et la chasse
A l’humain, les bouchers, la tonsure et le gaz !
Et du fiel à la terre, et d’Orange à Dachau,
Revoilà les charters, revoilà les fachos.

La flamme en métastase et la feuille de chêne
Se propagent et s’embrasent, et les fous se déchaînent :
Chaque chaîne étoffée de vainqueurs frénétiques
Devient autodafé sous le feu médiatique.

Les hurlements haineux des joyeux lycanthropes
Et leurs crocs vénéneux au poison misanthrope
Rassemblent les mesquins, les frustrés, les jaloux,
Dans le vote arlequin livrant la terre aux loups.

Qui est roi au pays des aveugles penauds ?
Quel imposteur haï séduit les nationaux ?
Quel faux républicain pourrait un jour frapper
Nos frères africains ou sœurs émancipées ?

Contre ses bruns desseins et sa rage opaline,
Y a-t-il un vieux vaccin, une Pen-icilline ?
Et s’il est déjà tard, au moins un antidote
Pour sauver les bâtards de sa race pâlotte ?

Le peine-à-jouir menace amour et liberté,
Et la fièvre en rosace espère en sa montée
L’avènement ultime où la loi intégriste
Règlera l’ordre intime en s’affirmant du Christ.

Hantise et pénitence animent les esprits.
La rue en résistance exprime son mépris.
Ce soir, la France en Pen s’écrit, dans son errance,
Avec un grand F-haine et l’affront du mot « rance ».

Y.Y. (21 avril 2002)


Voilà à quoi ressemble un militant grec d’Aube dorée à visage
découvert : Alexandros Plomaritis, a même été candidat (battu)
de ce parti néo-nazi aux élections législatives de juin dernier.
Ecoutez bien ce qu’il dit (images Kostas Georgousis).

Serge Utgé-Royo rappelant la lutte contre le fascisme en Espagne
et l’émergence d’utopies, trop vite écrasées par la réaction
et le silence complice des pays voisins : de tous temps,
le fascisme a été et reste l’allié objectif du pouvoir capitaliste
et son dernier recours contre les tsunamis sociopolitiques.

Les Bérus chantant "la jeunesse emmerde le Front National !"
On avait besoin de crier dans les concerts comme dans des manifs...

En guise de conclusion temporaire, une merveille de chanson,
signée Sinsemilia :




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