Yannis Youlountas

Poèmes odysséens : Voeu + Périple (chanté par Jacques Durbec)

ΟΔYΣΣΕΙΑ

Ἄνδρα μοι ἔννεπε, Μοῦσα, πολύτροπον, ὃς μάλα πολλὰπλάγχθη, ἐπεὶ Τροίης ἱερὸν πτολίεθρον ἔπερσε·πολλῶν δ’ ἀνθρώπων ἴδεν ἄστεα καὶ νόον ἔγνω,πολλὰ δ’ ὅ γ’ ἐν πόντῳ πάθεν ἄλγεα ὃν κατὰ θυμόν,ἀρνύμενος ἥν τε ψυχὴν καὶ νόστον ἑταίρων.ἀλλ’ οὐδ’ ὧς ἑτάρους ἐρρύσατο, ἱέμενός περ·αὐτῶν γὰρ σφετέρῃσιν ἀτασθαλίῃσιν ὄλοντο,νήπιοι, οἳ κατὰ βοῦς Ὑπερίονος Ἠελίοιοἤσθιον· αὐτὰρ ὁ τοῖσιν ἀφείλετο νόστιμον ἦμαρ.

Ὅμηρο

(neuf premiers vers de l’Odyssée d’Homère, en grec ancien)

Photos : Michalis, le père de Yannis, retournant vivre en Grèce (en 1987, après 17 années en France) et, en survol, Yannis sur ce même ferry Ancona-Patras, vingt ans plus tard.

VOEU

Revenir sur les lieux de mes primes années,
Sur le banc, au milieu des silhouettes fanées,
Avant d’être effeuillé, coupé du doigt vital,
Quittant l’arbre endeuillé pour le terreau fatal.

Mes oliviers bleutés, tortueuses colonnes,
Aux cheveux toilettés de frises monotones,
Traversez-vous toujours le pavé de l’Attique
En blanchisseurs du jour sous les temples antiques ?

Pourrai-je enfin renaître et retrouver la main
Des anciens, la fenêtre au ténébreux chemin
Où seul j’allais m’asseoir, chargé comme un sherpa ?
J’aimerais tant, ce soir, revenir sur mes pas.

Y.Y. in Odyssées (La gouttière, 2007)

PÉRIPLE

Revenir sur ses pas, c’est remonter le fleuve,
En bordure de cils vers le cristallin charme
Enneigé que l’exil et les regrets abreuvent,
Grimper où le rocher a versé une larme.

Revenir sur ses pas, c’est panser la blessure
Entrouverte au matin du départ attendu
Qui, au fil incertain des années, se fissure
En ravin douloureux des souvenirs perdus.

Revenir sur ses pas, c’est inspirer l’arôme
Et retrouver le goût du déjeuner d’antan
Dessinant sur les joues creusées, tel un sérum,
Le pourpre de l’enfance et la peau du printemps.

Revenir sur ses pas, c’est embrasser ceux qui
Demain disparaîtront dans la nuit des sourires
Et, caressant leur front granité et conquis,
Abriter leur mémoire, en cahier la vêtir.

Revenir sur ses pas, c’est relire et poser
Sa paume sur la page et, d’une ligne-voie,
Rejoindre sans bagage les temps décomposés,
Orchestrer par les mots la musique des voix.

Revenir sur ses pas, c’est enfin distinguer
Sa langue ou son patois, sa fièvre provençale,
Son village crétois... en accent prodigué,
Ravivant de couleurs l’émigré commensal.

En ultime lavis, au soir du grand retour,
Peindre son lit de sang, au hasard du trépas,
Comme un marin traçant le rivage, à son tour,
Tout au bout de la vie, revenir sur ses pas. »

Y.Y. in Odyssées (La gouttière, 2007)

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