Yannis Youlountas

30 mai 2016.

Deux grandes nouvelles. Une bonne et une mauvaise. Depuis plusieurs jours, je ne voulais surtout pas en parler, mais mon collectif artistique et solidaire a beaucoup insisté, à l’unanimité, pour que je vous révèle ce qui se passe.

1) UN TROISIÈME FILM EST EN PRÉPARATION
2) NOUS SOMMES À LA RECHERCHE D’UN VÉHICULE D’URGENCE

Si, depuis deux semaines, vous ne m’avez pas vu sur Facebook, c’est qu’il s’est passé beaucoup de choses. Tout en poursuivant la tournée de « Je lutte donc je suis » et, parfois, de « Ne vivons plus comme des esclaves », ainsi que diverses actions de soutien et de solidarité, nous avons officiellement commencé la création d’un troisième film. Nous planchons actuellement sur le scénario, les musiques, les premiers éléments de tournage et plusieurs grandes et belles surprises. C’est vraiment un projet enthousiasmant de l’avis de tou-te-s.

Par contre, au même moment, nous multiplions les pires galères concernant notre vieux véhicule, plusieurs fois accidenté, de plus en plus coûteux, souvent en panne et qui n’atteindra pas les 300 000 km comme nous l’imaginions. Voilà pourquoi notre collectif a pris l’initiative de créer un pot commun pour nous aider à acheter un véhicule d’occasion en bon état, un peu plus grand et, surtout, économique à l’usage.

Je vous avoue que me retrouver dans cette situation d’aidé ne me plait pas. Non seulement parce que les rôles sont inversés par rapport à mon habitude, puisque soutenir les luttes et les initiatives solidaires autogérées est notre quotidien, avec Maud, mais aussi parce que je pense que d’autres causes sont bien plus urgentes et cruciales que la petite menace qui pèse sur nos activités.

En 25 ans, je n’ai jamais voulu la moindre subvention d’organisme dédié : ni l’aide du CNL pour mes livres, ni celle du CNC pour mes films. Dans le même esprit, aucun de mes livres ou films n’a jamais été protégé par du copyright. L’autonomie et le partage ont toujours été mes priorités en matière de création.

Si j’accepte aujourd’hui ce soutien, c’est parce qu’il est totalement indépendant des institutions et ne remet pas en cause la nature de nos projets au service de l’émancipation sociale et du bien commun. En effet, ce « fourgon solidaire » sera utilisé à 95% pour :
- le tournage et la préparation du prochain film (qui sera encore en creative commons et visible gratuitement sur internet) ;
- des transports solidaires et des actions de soutien aux luttes et aux lieux autogérés ;
- les tournées actuelles et futures de projections-débats, de rencontres et, parfois, d’ateliers philo avec les enfants…

Par exemple, ce vendredi 27 mai, durant notre étape à Toulon, nous avons bénévolement :
- animé des goûters philo le matin, avec des CM1 et des CM2 (école primaire du Brusquet), sur « Comment vivre ensemble avec nos différences ? », « Comment penser par soi-même ? » et « Peut-on désobéir ? »
- projeté « Je lutte donc je suis » dans l’après-midi, pour deux classes de Troisième dans d’un CDI (collège Henri Bosco) et discuté de l’engagement ;
- projeté gratuitement « Ne vivons plus comme des esclaves » à 18h30, dans une salle de spectacle pleine à craquer (FOL), avant de débattre du désir de résister et de créer ;
- projeté gratuitement « Je lutte donc je suis » à 21h45, sur écran géant dans un parc de Toulon (Jardin des Lices), dans la douceur du crépuscule devant une centaine de spectateurs et des curieux de passage, avant de discuter des moyens de lutter contre la résignation et de questionner les différentes façons d’agir.

Bref, l’appel lancé par notre collectif sur le pot commun n’est pas, en réalité, un « soutien à Maud et Yannis », mais plutôt une contribution à ce que nous faisons tous ensemble, les uns et les autres. Car il ne s’agit pas d’un bien — je n’ai aucune passion pour les bagnoles — mais d’un outil utile à tou-te-s.

Voici le lien :
https://www.lepotcommun.fr/pot/w6o8gwir

Merci d’avance de votre participation, si vous le pouvez, mais surtout ne nous aidez pas si vous êtes en situation précaire. Et ne vous inquiétez pas pour nous. Inquiétons-nous ensemble du monde à réinventer.

Amitiés,

Yannis Youlountas


Teaser du film JE LUTTE DONC JE SUIS :


Prochaines projections-débats (nouvelle mise à jour) : ici

Contact programmation :
courriel Maud
(ou à transmettre à votre cinéma, en lui précisant qu’on a tous les supports qu’il peut désirer : DCP, Blu-ray, etc. ainsi que plusieurs tailles d’affiches)

Page Facebook : ici


Musique du film JE LUTTE DONC JE SUIS :


Découvrez le site internet de JE LUTTE DONC JE SUIS. Contact : maud@jeluttedoncjesuis.net


Bande-annonce longue du film JE LUTTE DONC JE SUIS :


Affiche du film JE LUTTE DONC JE SUIS :

Pour télécharger cette affiche en plus grand format, cliquez ici.


PETITE PHILOSOPHIE DU SPORT

Quand le jeu prépare aux enjeux sans subir leur tyrannie.

Le sport plonge ses racines dans l’enfance, jusqu’à nos origines animales. Tous les jeux enfantins, à commencer par les activités sportives, sont une reproduction des schémas animaliers qui visent l’apprentissage de la vie d’adulte par l’amusement et la mise en situation fictive. La chatte livre dans ce but des souris vivantes à ses chatons quand l’âge est venu. Mais une balle de ping-pong ou une coquille de noix peuvent également faire l’affaire. L’essentiel est que le jeu sans enjeu de l’enfance humaine ou animale prépare aux enjeux de l’existence postérieure et permette l’entrée progressive dans le monde des grands, en découvrant à la fois l’autonomie et les synergies possibles avec autrui.

Faire du sport, c’est grandir et, à cette fin, prendre sa propre mesure et celle d’autrui dans une socialisation à part entière. Le jeu sportif nous suggère qu’il n’y a pas de liberté sans lien ni de lien sans liberté, que l’individu a besoin du collectif et réciproquement, et que sa principale problématique se situe dans une recherche d’équilibre entre le je et le nous. Dans ces conditions, le sport favorise le développement du singulier dans l’universel, à travers la découverte de ses facultés corporelles et cérébrales et leur perfectionnement.

Car l’expression « faire du sport, c’est grandir » ne signifie pas écraser les autres mais croître avec eux, dans une émulation qui n’omet pas la fin collective de la démarche, et ce, même dans les sports dits « individuels ». A la différence de l’art et de la science, le sport ne fabrique pas du sens : ni du pourquoi ni du comment. Même une finale de Coupe du Monde n’est qu’un entraînement, au-delà des apparences fallacieuses. Si des enjeux ridicules et démesurés sont montés en mayonnaise par les médias du pouvoir, c’est parce que ce dernier a besoin de diversions pour passer sous silence les enjeux réels, à l’extérieur du stade, et parce que la cohorte des résignés a besoin de divertissements pour les oublier. Ce sport-là, aux antipodes du jeu tant il est submergé par des enjeux insupportables et la célébration du pouvoir et des inégalités, n’est qu’un spectacle de plus parmi ceux qui détournent les esclaves modernes de leur condition servile et de leur existence indigne.

A l’inverse, le sport sans le pouvoir est une pause, une parenthèse, un moment gratuit, c’est-à-dire un temps pris sur soi et pour soi, avec ou sans autrui. Le sport sans le pouvoir est paradoxalement un arrêt, à l’instar des trêves qui marquaient les premières olympiades antiques, séparant jeu et enjeu. Le sport sans le pouvoir est un débat et non un combat. D’où sa mise en parallèle avec des négociations de paix, à côtés des stades, et diverses fraternisations entre les cités antiques. Le sport sans le pouvoir est une respiration. Car ce qui compte n’est pas tant de dépasser les autres que de se dépasser soi-même. Et pour cela, on a besoin d’eux : comme points de repères pour nous situer, comme partenaires pour nous éprouver, comme adversaires pour nous stimuler. A ce titre, même l’adversaire est en réalité un partenaire qui revêt une fonction spécifique pour la circonstance, la plus respectable qui soit, dans un jeu de miroirs. Celle de nous confronter à nous-même.

Y.Y.

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